Savagnin : l’un des plus anciens cépages encore cultivés

Savagnin : l’un des plus anciens cépages encore cultivés

Quel est le cépage le plus ancien encore cultivé aujourd’hui ? La réponse n’est pas totalement simple, car l’histoire de la vigne remonte à plusieurs milliers d’années et de nombreuses variétés ont disparu, évolué ou changé de nom.

Mais parmi les cépages anciens encore présents dans nos vignobles, le Savagnin blanc occupe une place particulièrement intéressante.

Grâce à l’analyse de l’ADN ancien, les chercheurs ont montré qu’un pépin de raisin vieux d’environ 900 ans correspondait génétiquement au Savagnin moderne.

Une découverte exceptionnelle qui permet de relier directement le vignoble actuel au Moyen Âge.

Un cépage vieux de plusieurs siècles

Le Savagnin est aujourd’hui principalement cultivé dans le Jura.

Il est notamment utilisé pour produire le célèbre vin jaune.

Mais son histoire est bien plus ancienne que cette spécialité régionale.

Des pépins de raisin retrouvés sur différents sites archéologiques ont été analysés afin de mieux comprendre l’origine des cépages modernes.

Parmi eux, un pépin découvert près d’Orléans et daté du Moyen Âge a révélé un profil génétique identique à celui du Savagnin blanc actuel.

Cela signifie qu’une variété pratiquement identique était déjà cultivée il y a près de neuf siècles.

L’ADN ancien change notre vision de l’histoire du vin

Pendant longtemps, l’histoire des cépages reposait surtout sur les archives, les textes anciens et les traditions locales.

La génétique permet désormais d’aller beaucoup plus loin.

Les chercheurs peuvent extraire de l’ADN à partir de pépins anciens puis le comparer avec celui des cépages modernes.

Ces analyses permettent de retrouver des parentés entre les variétés et de reconstruire une partie de leur généalogie.

Elles montrent également que certaines lignées modernes sont liées à des vignes cultivées depuis des siècles.

Comment un cépage peut-il survivre aussi longtemps ?

La vigne possède une particularité essentielle : elle peut être reproduite par bouturage.

Au lieu de planter un pépin, le vigneron prélève une partie d’une vigne existante pour créer un nouveau plant.

La nouvelle vigne possède alors pratiquement le même patrimoine génétique que la plante d’origine.

Cette technique permet de conserver un cépage sur une très longue période.

Lorsqu’une variété donne de bons raisins ou s’adapte particulièrement bien à un terroir, les générations suivantes peuvent continuer à la reproduire.

Savagnin, Traminer et familles anciennes

Le Savagnin appartient à une famille de cépages très ancienne.

Il est notamment lié au Traminer et possède des parentés avec plusieurs variétés européennes.

Au fil des siècles, les croisements entre différentes vignes ont participé à la naissance de nouveaux cépages.

Le vignoble actuel peut ainsi être comparé à un immense arbre généalogique.

Certaines branches ont disparu, tandis que d’autres sont encore cultivées aujourd’hui.

Des liens avec l’époque romaine

Les analyses génétiques ne concernent pas uniquement le Moyen Âge.

Des pépins de raisin datant de l’époque romaine ont également été étudiés.

Certains présentent des liens avec des familles de cépages modernes comme le Pinot Noir, la Syrah ou la Mondeuse Blanche.

Cela ne signifie pas nécessairement que les Romains cultivaient exactement ces cépages sous leur forme actuelle.

Mais cela montre que certaines lignées génétiques sont extrêmement anciennes.

Le Moyen Âge, période essentielle pour la vigne

Au Moyen Âge, la viticulture se développe fortement en Europe.

Les monastères, les abbayes et les domaines seigneuriaux possèdent de nombreuses vignes.

Les producteurs observent les plantes et conservent celles qui s’adaptent le mieux au sol, au climat et au terroir.

Progressivement, certains cépages deviennent fortement associés à des régions.

Le Pinot Noir s’impose notamment en Bourgogne.

La Syrah devient emblématique de la vallée du Rhône.

Et le Savagnin trouve une place durable dans le Jura.

Pourquoi le Savagnin est-il associé au Jura ?

Le Savagnin est particulièrement adapté aux sols marneux du vignoble jurassien.

Il possède une acidité naturelle élevée et produit des vins capables de vieillir longtemps.

Ces caractéristiques sont essentielles pour l’élaboration du vin jaune.

Après plusieurs années d’élevage sous voile, le Savagnin développe des arômes très particuliers de noix, de fruits secs, d’épices et parfois de curry.

Ce style unique participe fortement à l’identité du Jura.

Est-ce vraiment le cépage le plus ancien du monde ?

Il faut rester prudent.

La domestication de la vigne remonte à plusieurs millénaires.

La Géorgie et le Caucase font partie des régions où ont été retrouvées certaines des plus anciennes traces de production de vin.

Des cépages comme le Rkatsiteli sont souvent cités parmi les variétés historiques encore cultivées.

Mais il est difficile de prouver qu’une variété actuelle est exactement la même que celle cultivée plusieurs milliers d’années auparavant.

Le Savagnin possède donc un avantage important : une preuve génétique directe de continuité sur environ 900 ans.

Le phylloxéra aurait pu tout changer

Au XIXe siècle, le phylloxéra détruit une grande partie du vignoble européen.

Pour sauver les cépages traditionnels, les vignerons commencent à greffer les variétés européennes sur des porte-greffes américains résistants.

Cette technique permet de préserver le patrimoine génétique du Savagnin, du Pinot Noir, de la Syrah et de nombreuses autres variétés.

Le greffage devient ainsi essentiel à la conservation des cépages anciens.

Pourquoi préserver les cépages anciens ?

De nombreuses variétés ont disparu au fil du temps.

Certaines étaient peu productives, difficiles à cultiver ou sensibles aux maladies.

Aujourd’hui, les cépages anciens intéressent de nouveau les chercheurs et les vignerons.

Ils représentent une réserve importante de diversité génétique.

Face au changement climatique, certaines variétés oubliées pourraient également présenter une meilleure résistance à la chaleur ou à la sécheresse.

Préserver les anciens cépages permet donc de protéger à la fois l’histoire et l’avenir du vignoble.

Le Savagnin, un patrimoine vivant

Le Savagnin blanc n’est peut-être pas officiellement le plus ancien cépage du monde.

Mais son histoire possède l’une des preuves scientifiques les plus fascinantes.

Un pépin cultivé au Moyen Âge présente le même profil génétique qu’une vigne encore présente aujourd’hui.

Cette continuité rappelle que les cépages sont bien plus que de simples variétés de raisin.

Ils représentent des siècles de sélection, de bouturage, de greffage et de transmission.

Le Savagnin est ainsi devenu un véritable patrimoine vivant, reliant directement les vignobles actuels à ceux cultivés il y a près de 900 ans.

Retour au blog